L’Hon. procureur général John A. Macdonald sur la Nécessité d’éviter de faire à chaque Province du futur Canada une Souveraineté Distincte

Source Débats parlementaires sur la question de la Confédération des provinces de l’Amérique britannique du Nord : 3e session du Parlement provincial du Canada, Conseil Législatif, lundi le 13 mars 1865, pp 999-1001

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Un jeune John A. Macdonald

Un jeune John A. Macdonald

L’HON. PROC-GÉN. MACDONALD— La guerre qui sévit en ce moment aux États-Unis, est une guerre des plus désastreuses et des plus barbares, et le mot trouble ne dit pas assez pour l’exprimer. J’ai déjà expliqué la valeur de ce terme et maintenant que mon hon. ami voit son erreur, il abandonnera,

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j’espère, la guerre qu’il fait au gouvernement. (Écoutez ! écoutez !) M. l’Orateur, au nom du caractère de cette chambre et de l’économie publique, je dois protester contre la direction prise par le débat qui s’est élevé sur la proposition de mon hon. député de Peel. Je croyais la discussion terminée, et comme chacun avait eu la faculté de prendre la parole plusieurs fois, le débat se trouvait clos par un vote de la chambre extrêmement favorable au gouvernement auteur de la mesure, de sorte qu’il était généralement compris que l’on avait fini de discuter le sujet de la confédération ; (écoutez !) mais ne voilà-t-il pas que les observations des hon. messieurs de la gauche tendent à rouvrir la discussion, et cela après que la chambre a décidé sur ma proposition de nommer un comité, chargé de rédiger l’adresse dans laquelle doivent entrer les résolutions votées ? En vérité, monsieur, c’est là ce que j’appelle un abus des privilèges parlementaires, une perte de temps pour la chambre et un gas­pillage des deniers publics, qui ne doivent aboutir à rien : aussi, m’est-il permis d’es­pérer que la chambre ne permettra pas que cela continue. Mais il est une chose que je regrette surtout, c’est que malgré la longueur des débats, et parmi tous ceux qui ont parlé, nous n’ayons pas eu l’avantage d’entendre les arguments que nous avait promis mon bon. ami de Chateauguay sur la question. (Écoutez ! écoutez !)  Pour une raison ou pour une autre, nous en avons été privés. Semblable à Moïse qui, ayant gravi le sommet de Pisgah, aperçoit dans le lointain le sol de la terre promise, l’hon, député ne nous a laissé entrevoir que quelques-unes dea lueurs de son discours promis, et nous a laissés pour le reste dans le plus amer désappointement. On nous l’a cependant promis deux ou trois fois durant le cours du mois dernier, et l’hon. député devrait se rappeler que “l’espoir remis rend le cœur malade.” J’aurais voulu jouir du plaisir et de l’avantage d’entendre les remarques que l’hon. monsieur aurait pu faire, car, quoique jeune d’années, il est déjà vieux en sagesse politique, et passé maître en cette sagacité politique qu’il s’obstine à me refuser. Je le répète, je suis fâché, et la chambre doit l’être aussi de même que tout le paya, que l’hon, monsieur ait poussé l’abnégation si loin que de ne pas permettre à son esprit de jeter quelqu’éclat nouveau sur la question. J’ai toujours cru que ce qui neutralisait beaucoup le talent de l’hon. monsieur était son extrême modestie. (Rires)  Eh ! quoi, lorsqu’il se vit obligé de venir au secours de notre trésor ruiné, au moyen de grands sacrifices personnels, afin de sauver le pays de la banqueroute où l’avaient amené les folles extravagances do mon hon. ami le ministre actuel des finances, et qu’avec le talent de financier qui le distingue, après avoir scruté tous les recoins de la caisse publique, il eût découvert où était le mal dont le pays se plaignait, qui ne sait que c’est ce moment que sa modestie avait choisi pour lui fermer la bouche et l’empêcher de nous enseigner le remède ?  (Rires.)  Le même cas se renouvelle encore aujourd’hui. Il nous a promis de nous faire connaître ses vues sur la question ; nous avons passé quatre semaines à l’attendre, et voilà qu’aujourd’hui il se lève et, avec cette noble indignation qu’il sait si bien jouer, il nous dit que l’hon. proc.-gén. du Haut-Canada a essayé de suspendre la publication des débats, qu’il a lui-même à faire sur la question un discours qu’il n’a pu prononcer samedi dernier à cause de l’heure avancée, tout cela en annonçant qu’il va se borner à parler de la résolution actuelle. C’est ce qu’il a fait, il faut avouer qu’il s’est en effet très-borné à cette seule chose.  (Écoutée ! écoutez !)  Et puis, je ne sais ni comment ni pourquoi, mais l’hon. député s’est constitué le gardien de ma réputation publique. Voilà deux ou trois fois qu’il m’avertit que la conduite que je tiens est peut-être celle d’un homme pratique, celle d’un homme qui veut simplement rester au pouvoir et être renommé pour son habileté publique, mais que jamais elle ne m’assurera la réputation d’un grand politique. Eh bien ! M. l’Orateur, je me contente en effet de me borner aux choses pratiques et à assu­rer au pays les mesures pratiques qu’il demande ; quant à la réputation d’homme à système et à idées visionnaires aboutissant tantôt à l’annexion, tantôt à la fédération et tantôt à l’union législative et toujours à des utopies irréalisables, je l’abandonne à l’esprit poétique et plein d’imagination de l’hon. député de Chateauguay. Cet hon. monsieur, dans le cours de l’un de ses petits et nombreux discours d’occasion, a dit l’autre jour qu’en me déclarant pour l’union fédérale au lieu de l’union législative, j’avais foulé aux pieds tous les principes de mon passé à ce sujet. Il est vrai M. l’Orateur, que l’examen approfondi de la constitution des États-Unis dans son fonctionnement et dans la guerre civile qu’elle a causée m’ayant convaincu des nombreux endroits faibles du système fédéral

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en ce pays, j’ai voulu, autant oue qui que ce soit dans la conférence de Québec, éviter ces défauts de la constitution américaine dans la nôtre et la rapprocher le plus possible de la forme législative. Je n’aime pas à rappeler ce que j’ai dit autrefois; mais, comme on m’a accusé, je lirai, avec la permission de cette chambre, un passage de l’un de mes discours sur la représentation basée sur la population, et j’ajouterai que c’est peut-être le seul de ma vie que je me sois donné la peine de réviser. Ce passage montrera à mon hon. ami ce que je pensais de la ques­tion actuelle en 1861, et il était fait en réponse à un discours de mon collègue actuel, l’hon, ministre de l’agriculture : —

“Le seul plan possible qui s’offre à moi de remédier aux maux dont on se plaint, est une confédération de toutes les provinces, (écou­tez ! écoutez !) non pas cependant telle qu’elle existe par delà la frontière, car elle n’a pas réussi. Et, en disant cela, je n’exprime aucune satisfaction qu’il en ait été ainsi ; au contraire, je suis d’accord avec l’un des députés de Mont­réal (l’hon. M. McGee) et me joins aux regrets qu’il a exprimées de l’état de choses lamen­table qui y régna, car le même sang coule dans udles veines du peuple américain et dans les nôtres. Je crois en de meilleurs jours pour les États-Unis ; il y a dans le caractère et les institutions anglo-saxons des États-Unis une vigueur, une vitalité qui leur fera traverser cette grande convulsion comme elle a jadis fait traverser les mêmes époques à la mé­tropole.  (Vifs applaudissements des deux côtés de la chambre.)  J’espère avec l’hon. monsieur (M. McGee) que si la république se scinde en deux, ce qui devra arriver, ce sera deux nations grandes nobles et libres qui existeront au lieu d’une. (Écoutez ! écoutez !)  Cependant, malgré mes sympathies, tâchons de profiter de l’enseignement que cette leçon nous donne et n’allons pas nous briser sur le même écueil. Leur erreur fatale, erreur qu’ils ne purent peut-être pas éviter par suite de l’état des colonies à l’époque de la révo­lution, fut de faire de chaque état une souve­raineté distincte et de lui attribuer un pouvoir souverain distinct à l’exception des cas spécialement réservés par la constitution au gouverne­ment général. Le principe véritable qui doit servir de base à une confédération, consiste à donner au gouvernement général toutes les attri­butions et les pouvoirs de la souveraineté, et aux états subordonnés ou séparés ceux seulement qui leur sont expressément délégués. Nous aurions de cette manière un gouvernement central fort, une législature centrale puissante et un système décentralisé de petites législatures pour les fins locales.”

Telles étaient, M. l’Orateur, les opinions que j’avais en 1861, et je dis que la consti­tution que cette chambre a votée, à une majorité de trois contre un est, esprit et lettre, celle dont je parlais alors. Qu’on remarque bien, cependant, que ce n’a pas été là le résultat de mon expérience, de mes méditations et de mes idées à moi seul, mais de l’expérience, des méditations et des idées de tout homme qui a étudié le caractère de la constitution des États-Unis. Je sais fort bien que je tombe en ce moment dans la faute que je viens de reprocher aux hon. députés de revenir sur la discussion, mais j’ai cru que je me devais à moi-même de lire cet extrait à la chambre, parce que l’hon. député de Chateauguay, avec ce langage plein de douceur et d’amabilité qui plaît tant, (rires) m’a reproché d’avoir renié mon passé politique en proposant l’union fédérale des provinces, et que c’est là ce qui a rendu mon discours si faible lorsque j’ai déposé les résolutions actuelles devant la chambre. Je suis bien disposé à reconnaître la faiblesse et le peu d’effet de mon discours; mais quant à mes opinions sur la confédération, elles ont été celles de ma vie, celles que j’exprime en parlement depuis des années, que j’ai portées à la conférence et que je défends encore dans le moment actuel. (Écoutez ! écoutez !)

 

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